Une large place donnée à l’intelligence artificielle
L’intelligence artificielle (IA) est déjà utilisée en oncologie pour l’analyse d’images radiologiques et pathologiques, par exemple pour détecter ou délimiter des tumeurs. À l’ESMO 2025, de nouvelles applications ont été présentées, bien au-delà de l’imagerie.
Le Dr Loïc Verlingue, médecin-chercheur au Centre Léon Bérard de Lyon, a montré comment l’IA pourrait faciliter le recrutement de patients dans les essais cliniques, en exploitant les dossiers médicaux électroniques pour repérer plus rapidement les profils éligibles. Ces approches, encore expérimentales, pourraient rendre la recherche plus efficace et plus inclusive.
Dans sa présentation « LLM for drug development and cancer therapy », le Dr Verlingue a également expliqué que les essais cliniques testant de nouveaux traitements conçus grâce à l’intelligence artificielle affichent des taux de réussite de 80 à 90 %. À titre de comparaison, les traitements développés de manière traditionnelle atteignent des taux de 40 à 60 %. Un résultat qui illustre bien le potentiel de l’IA dans la recherche de nouveaux traitements contre le cancer.
Le suivi post-traitement à l’aide de l’IA est un autre champ prometteur. Des applications numériques intégrant des agents conversationnels comme des chatbots sont, par exemple, testées pour surveiller à distance les effets secondaires et repérer précocement les complications chez les patients. Les premières études suggèrent une amélioration du ressenti des patients, qui se sentent mieux suivis et soutenus.
Ces outils restent toutefois en phase d’évaluation. Leur intégration nécessitera des validations cliniques rigoureuses et une adaptation des infrastructures hospitalières.
Les chercheurs insistent : l’IA ne remplacera pas les professionnels de santé, mais deviendra un allié précieux au service des patients et de la recherche.
Un zoom sur la prévention
Le congrès a également marqué le lancement officiel du 5ᵉ Code européen contre le cancer (ECAC5), présenté le 19 octobre.
Élaboré par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/OMS), ce code actualisé propose 14 recommandations - contre 12 auparavant - fondées sur les données scientifiques les plus récentes pour aider chacun à réduire son risque de cancer.
Parmi les nouveautés figurent l’ajout d’une mesure sur la pollution de l’air, l’extension de la vaccination HPV aux garçons, et une recommandation sur le dépistage du cancer du poumon pour les personnes à risque.
Cette nouvelle version marque une évolution majeure : elle inclut pour la première fois des recommandations destinées aux décideurs politiques, afin de favoriser des environnements propices à la santé. Les messages ont également été retravaillés pour être plus inclusifs, équitables et clairs, facilitant leur appropriation par tous les publics.
La sexualité des patients : un sujet à part entière
Avec l’allongement de la survie et la survenue plus précoce de certains cancers amènent, la question n’est plus seulement « combien de temps ? » mais aussi « dans quelles conditions ? ».
L’ESMO 2025 a donc accordé une place importante à la santé sexuelle, désormais reconnue comme une composante essentielle de la qualité de vie.
Plusieurs présentations ont ainsi mis en évidence :
- L’importance du dialogue proactif : une étude a montré que lorsque les infirmières abordent spontanément la question de la sexualité, cela favorise le rétablissement et diminue la détresse psychologique des patientes atteintes de cancers gynécologiques.
- L’impact des traitements : certaines thérapies ciblées ou hormonales, notamment dans le cancer de la prostate, peuvent altérer la fonction sexuelle. Mieux informer et accompagner les patients sur ces aspects est donc essentiel.
- Le besoin d’outils adaptés : les discussions ont aussi souligné la nécessité d’échelles de qualité de vie plus sensibles aux différences de sexe et de genre, afin d’évaluer plus finement les effets des traitements sur la santé sexuelle.
En conclusion
Le congrès ESMO 2025 a illustré la richesse et la diversité de la recherche en oncologie actuelle. Au-delà des avancées thérapeutiques, les échanges ont mis en évidence une vision plus globale de la lutte contre le cancer : intégrant la prévention, les nouvelles technologies, la qualité de vie et la prise en compte des besoins humains des patients. Ces évolutions montrent que le progrès en cancérologie ne se mesure pas seulement en années de survie gagnées, mais aussi en mieux-être, en accompagnement et en équité d’accès aux soins.