Un progrès thérapeutique remarquable dans le cancer du pancréas
Le cancer du pancréas est l’un des cancers les plus redoutables, avec une survie à cinq ans qui reste proche de 13 %. Une étude de phase III (1) présentée lors du congrès ASCO 2026 montre toutefois que la recherche continue de progresser, avec l’une des avancées les plus marquantes observées ces dernières années dans cette maladie.
Cette étude a évalué le daraxonrasib chez des patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique porteurs d’une mutation RAS et dont la maladie avait progressé malgré un premier traitement. Comparé à la chimiothérapie habituellement utilisée dans cette situation, le daraxonrasib a permis de doubler la survie moyenne, qui est passée de 6,6 à 13,2 mois. Il a également entraîné davantage de réductions de la taille des tumeurs et moins d’effets secondaires graves (44 % contre 58 % avec la chimiothérapie).
Dans une étude de phase III, le daraxonrasib a porté la survie moyenne de 6,6 à 13,2 mois chez des patients atteints d’un cancer du pancréas métastatique avec mutation RAS.
Présentés en séance plénière du congrès et publiés simultanément dans le New England Journal of Medicine, ces résultats remarquables pourraient marquer un tournant pour les patients concernés. La patience reste néanmoins de mise, car ce médicament n’est pas encore disponible au Luxembourg ni autorisé sur le marché européen.
Des résultats encourageants dans le cancer de la prostate à haut risque
Le cancer de la prostate localisé à haut risque présente un risque plus important de récidive ou de propagation de la maladie malgré les traitements disponibles. Présentée lors du congrès ASCO 2026, l'étude internationale PROTEUS (2) apporte des résultats encourageants.
Cette étude a évalué l'ajout de l'apalutamide, une hormonothérapie de nouvelle génération, au traitement hormonal administré avant et après l'ablation chirurgicale de la prostate. Plus de 2 000 patients ont participé à cet essai. Les résultats montrent que cette stratégie permet de mieux contrôler la maladie : les tumeurs ont davantage répondu au traitement avant l'opération et le risque de développer des métastases ou de décéder a été réduit de 20 %. Les patients ont également vécu plus longtemps sans récidive ni aggravation de leur cancer.
Présentés parmi les études les plus attendues du congrès, ces résultats renforcent l'intérêt des traitements administrés avant et après la chirurgie pour améliorer les chances de contrôle à long terme du cancer de la prostate à haut risque.
L’ajout de l’apalutamide au traitement hormonal avant et après la chirurgie a réduit de 20 % le risque de métastases ou de décès chez les patients atteints d’un cancer de la prostate localisé à haut risque.
Les anticorps conjugués confirment leur potentiel
Les anticorps conjugués (ADC) poursuivent leur essor et occupent une place croissante dans le traitement de nombreux cancers. Souvent comparés à des « missiles guidés », ces médicaments associent un anticorps capable de reconnaître les cellules cancéreuses à une substance anticancéreuse puissante qu'il transporte directement jusqu'à la tumeur. Cette approche permet de cibler plus précisément les cellules malades tout en limitant l'impact sur les tissus sains.
Longtemps réservés à des patients ayant déjà reçu plusieurs traitements, les ADC démontrent désormais leur intérêt à des stades plus précoces de la maladie. Parmi les résultats sur les ADC présentés à l'ASCO 2026, citons cet exemple concernant le cancer de la vessie : l’étude (3) a évalué l'association d'un ADC (enfortumab vedotin) et d'une immunothérapie avant et après la chirurgie. Les résultats ont montré une augmentation conséquente du taux de réponse au traitement ainsi qu’une réduction de 32 % du risque de récidive, de progression ou de décès.
Dans le cancer de la vessie, l’association d’un anticorps conjugué et d’une immunothérapie a réduit de 32 % le risque de récidive, de progression ou de décès.
Notons également que d’autres ADC sont actuellement à l’étude, notamment dans le cancer du côlon où, pour l’instant, ces médicaments ne sont pas encore utilisés (4). Les premiers résultats sont prometteurs mais des études ultérieures sont encore nécessaires.
Ces résultats illustrent une tendance de fond en cancérologie : le développement de traitements toujours plus ciblés et personnalisés, adaptés aux caractéristiques biologiques de chaque tumeur.
Les médicaments contre l'obésité font aussi parler d'eux en cancérologie
Initialement développés pour traiter le diabète de type 2, les analogues du GLP-1 sont les médicaments très médiatisés ces dernières années pour leur effet sur la perte de poids. En agissant sur l'appétit, ils aident à réduire les quantités consommées et sont aujourd'hui largement utilisés dans le traitement de l'obésité. Lors du congrès, ils ont également suscité l'intérêt des chercheurs en cancérologie.
Une vaste étude (5) menée à partir de données de vie réelle portant sur plus de 12 000 patients a suggéré que les personnes recevant un analogue du GLP-1 après un diagnostic de cancer présentaient un risque plus faible de développer des métastases dans plusieurs cancers associés à l'obésité, notamment les cancers du sein, du côlon, du foie et certains cancers du poumon. Ces observations soulèvent une question importante : ces médicaments pourraient-ils avoir des effets bénéfiques au-delà de la perte de poids ?
Les analogues du GLP-1 pourraient être associés à un risque plus faible de métastases dans certains cancers liés à l’obésité, mais ce lien doit encore être confirmé par des essais cliniques.
Les chercheurs restent toutefois prudents. Cette étude ne permet pas de démontrer que les analogues du GLP-1 ralentissent directement l'évolution du cancer. Des essais cliniques seront nécessaires pour confirmer ces résultats et mieux comprendre les mécanismes biologiques qui relient l'obésité et le cancer. Il convient également de rappeler que ces médicaments peuvent provoquer des effets indésirables, notamment des nausées, des vomissements ou des diarrhées. Chez les patients atteints de cancer, ces symptômes peuvent parfois s'ajouter à ceux déjà liés à la maladie ou à certains traitements, comme la chimiothérapie.
Si ces résultats ne modifieront pas tous immédiatement la pratique clinique, ils témoignent du dynamisme de la recherche et ouvrent de nouvelles perspectives pour les patients.
Sources :
(1) O'Reilly EM, Wainberg ZA, Hendifar AE, Borad MJ, Pietrantonio F, Pant S, Hammel P, Cremolini C, Manji GA, Oberstein PE, Garrido-Laguna I, Springfeld C, Azad NS, Ueno M, Chui SY, Zhang Y, Patel H, Lee Y, Salman Z, Wolpin BM; RASolute 302 Trial Investigators. Daraxonrasib or Chemotherapy in Previously Treated Metastatic Pancreatic Cancer. N Engl J Med. 2026 May 31. DOI: 10.1056/NEJMoa2605555. PMID: 42223072.
(2) Taplin ME, et al. "Final analysis of PROTEUS: Perioperative apalutamide plus androgen deprivation therapy versus placebo plus androgen deprivation therapy with radical prostatectomy in high-risk localized or locally advanced prostate cancer." ASCO 2026, Abstract LBA1.
(3) Galsky MD, Valderrama BP, Maruzzo M, et al. "Neoadjuvant and adjuvant enfortumab vedotin plus pembrolizumab for participants with muscle-invasive bladder cancer who are eligible for cisplatin: Randomized, open-label, phase 3 KEYNOTE-B15 study." J Clin Oncol 44 (Suppl 7; LBA630). DOI: 10.1200/JCO.2026.44.7_suppl.LBA630
(4) Sharma MR, Powderly J, Kuboki Y, et al. "Phase I Study of Telisotuzumab Adizutecan (Temab-A, ABBV-400), a Novel c-Met Antibody-Drug Conjugate, in Patients With Late-Line Colorectal Cancer and Advanced Solid Tumors." J Clin Oncol 2026. DOI: 10.1200/JCO-25-01525
(5) Orland MD, et al. "Real-world analysis of GLP-1 receptor agonists and metastatic progression in obesity-related cancers: A propensity-matched study of 12,112 patients." ASCO 2026, Abstract 3143.
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